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June 08 2017

Ainsi continuèrent-ils à vivre dans une réalité fuyante, momentanément retenue captive par les mots, mais qui ne manquerait pas de leur échapper sans retour dès qu'ils oublieraient le sens même de l'écriture.
— Gabriel García Marquez, Cent ans de solitude (via danslarimedelanuit)
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Nous sommes tous étrangers à nous-mêmes, et si nous avons le moindre sens de qui nous sommes, c'est seulement parce que nous vivons à l'intérieur du regard d'autrui.
Paul Auster, ​Chronique d'hiver
(via regardintemporel)

Des mots

Il nous fallait la fureur des longs mots qui nous séparaient. Nous inventions des jurons pour nous tenir à distance. Le rire était dur, on attaquait la douleur à la perceuse ; ça allait vite, vu qu'on se connaissait de l'intérieur. Nous savions exactement ce qui blessait l'autre. Ça nous excitait de le voir souffrir. Notre brutale affection était censée l'amener à s'effondrer, à sentir qu'il avait un minimum d'endurance. Les insultes s'enchaînaient jusqu'au moment où celui qui en était la cible se taisait. Un instant. Peu après, des mots s'abattaient sur sa face muette comme des sauterelles sur un champ dévasté. (…)
Au sein d'une longue confiance, nous avions besoins d'inverser la tendance à l'improviste. Dans une telle proximité, la haine avait le droit de piétiner, de démolir et de faucher l'affection, vu qu'elle repoussait comme les hautes herbes. Quant à l'offense, les excuses la retiraient aussi vite que la bouche retient l'air. La dispute recherchée était toujours intentionnelle et, si elle faisait mal, c'était par mégarde. La fureur finie, on exprimait chaque fois notre affection, sans inventer de mots. L'affection ne cessait d'être là, sauf que dans la dispute elle avait des griffes.

Herta Müller, Animal du coeur

Une langue

Je désire non pas parler de moi, mais épier le siècle, le bruit et la germination du temps. Ma mémoire est hostile à tout ce qui est personnel […]. Je le répète, ma mémoire est non pas d’amour mais d’hostilité, et elle travaille non à reproduire, mais à écarter le passé. Pour un intellectuel de médiocre origine, la mémoire est inutile, il lui suffit de parler des livres qu’il a lus, et sa biographie est faite. Là où, chez les générations heureuses, l’épopée parle en hexamètres et en chronique, chez moi se tient un signe de béance, et entre moi et le siècle gît un abîme, un fossé rempli du temps qui bruit, l’endroit réservé à la famille et aux archives domestiques. Que voulait dire ma famille ? Je ne sais. Elle était bègue de naissance et cependant, elle avait quelque chose à dire. Sur moi et sur beaucoup de mes contemporains pèse le bégaiement de la naissance. Nous avons appris non à parler, mais à balbutier, et ce n’est qu’en prêtant l’oreille au bruit croissant du siècle et une fois blanchis par l’écume de sa crête que nous avons acquis une langue.

Ossip Mandelstam, Le Bruit du temps

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September 11 2016

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A young Berber girl in ethnic attire, circa 1908. Photograph by Lehnert & Landrock.

July 21 2016

Où vas-tu...

Où vas-tu, toi qui dans le vent aride cours
par une de ces rues sans saisons
derrière des murs lumineux de laquelle
un pas qui vient à retentir excite les chiens
et éveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps est vivant,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peut me secourir
dans ce passage aveugle du temps
vers le temps, dans cet âpre voyage
de celui que je suis à celui que je serai,
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
toi dont cela me donne le vertige de penser
que le temps, ce froid
parmi les astres et sur les tempes et autre chose encore, contient
la naissance, la maladie, la mort,
la présence de mon ciel et la perte.

Mario Luzi – Chant (Canto) in Prémices du désert (Primizie del deserto) - 1952

July 19 2016

Mariages et pacs se portent bien

En France, 239 000 mariages ont été célébrés en 2015, contre 241 292 en 2014. Une légère baisse, qui concerne aussi bien les mariages entre hétérosexuels (cette baisse s’observe de manière quasi continue depuis 2000) que les mariages entre personnes de même sexe. Ceux-ci passent de 10 522 en 2014 à 8 000 en 2015, ce qui peut s’expliquer par le fait que, parmi les couples mariés en 2014, certains attendaient l’adoption de la loi sur le mariage pour tous. Ces chiffres ne doivent cependant pas occulter l’attrait qu’exercent les unions officielles. En effet, « si on additionne les pacs et les mariages, on atteint des niveaux extrêmement hauts, avec plus de 400 000 unions en 2015 », relève le démographe Laurent Toulemon. Le nombre de pacs a en effet atteint 167 400 déclarations en 2014 (chiffres 2015 non disponibles) pour les couples hétérosexuels et 6 300 pour les couples homosexuels.

March 31 2016

Accorde-toi le soleil

Joue le jeu. Menace le travail encore plus. Ne sois pas le personnage principal. Cherche la confrontation. Mais n’aie pas d’intention. Évite les arrière-pensées. Ne tais rien. Sois doux et fort. Sois malin, interviens et méprise la victoire. N’observe pas, n’examine pas, mais reste prêt pour les signes, vigilant. Sois ébranlable. Montre tes yeux, entraîne les autres dans ce qui est profond, prends soin de l’espace et considère chacun dans son image. Ne décide qu’enthousiasmé. Échoue avec tranquillité. Surtout aie du temps et fait des détours. Laisse-toi distraire. Mets toi pour ainsi dire en congé. Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde-toi le soleil. Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars où il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire. Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit, et que le bruit des feuilles deviennent doux. Passe par les villages, je te suis.

Peter Handke

November 22 2015

Selon un sondage IFOP, la prolongation de trois mois de l’état d’urgence est notamment approuvée par 91 % des personnes interrogées, le rétablissement des contrôles aux frontières par 94 %.

November 17 2015

Instructions pour remonter une montre

Là-bas au fond il y a la mort, mais n'ayez pas peur. Tenez la montre d'une main, prenez le remontoir entre deux doigts, tournez-le doucement. Alors s'ouvre un nouveau sursis, les arbres déplient leurs feuilles, les voiliers courent des régates, le temps comme un éventail s'emplit de lui-même et il en jaillit l'air, les brises de la terre, l'ombre d'une femme, le parfum du pain.
Que voulez-vous de plus ? Attachez-la vite à votre poignet, laissez-la battre en liberté, imitez-la avec ardeur. La peur rouille l'ancre, toute chose qui eût pu s'accomplir et fut oubliée ronge les veines de la montre, gangrène le sang glacé de ses rubis. Et là-bas dans le fond, il y a la mort si nous ne courons pas et n'arrivons avant et ne comprenons pas que cela n'a plus d'importance.

Julio Cortázar, Cronopes et Fameux, 1962

November 16 2015

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November 15 2015

pour l’affamé qu’une lame aiguë
déchire au ventre
pour l’anonyme qui agonise
dans le fracas des pelles mécaniques
pour le chien qu’on mène à l’abattoir
pour la bouche close d’un baiser fétide
pour les yeux passés au vitriol
ce cri à lier nos poings
Francis Giauque, Prêles

November 14 2015

Une laideur humiliante

Je viens d'avoir trente-quatre ans, la moitié de la vie. Au physique, je suis de taille moyenne, plutôt petit. J'ai des cheveux châtains coupés court afin d'éviter qu'ils ondulent, par crainte aussi que ne se développe une calvitie menaçante. Autant que je puisse en juger, les traits caractéristiques de ma physionomie sont : une nuque très droite, tombant verticalement comme une muraille ou une falaise (…); un front développé, plutôt bossué, aux veines temporales exagérément noueuses et saillantes (…). Mes yeux sont bruns, avec le bord des paupières habituellement enflammé ; mon teint est coloré ; j'ai honte d'une fâcheuse tendance aux rougeurs et à la peau luisante. Mes mains sont maigres, assez velues, avec des veines très dessinées; mes deux majeurs, incurvés vers le bout, doivent dénoter quelque chose d'assez faible ou d'assez fuyant dans mon caractère. Ma tête est plutôt grosse pour mon corps ; j'ai les jambes un peu courtes par rapport à mon torse, les épaules trop étroites relativement aux hanches. Je marche le haut du corps incliné en avant ; j'ai tendance, lorsque je suis assis, à me tenir le dos voûté ; ma poitrine n'est pas très large et je n'ai guère de muscles. J'aime à me vêtir avec le maximum d'élégance ; pourtant, à cause des défauts que je viens de relever dans ma structure et de mes moyens qui, sans que je puisse me dire pauvre, sont plutôt limités, je me juge d'ordinaire profondément inélégant ; j'ai horreur de me voir à l'improviste dans une glace car, faute de m'y être préparé, je me trouve à chaque fois d'une laideur humiliante.

Michel Leiris, L'Age d'Homme

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Paris

8913 8531 500

Paris - 11°C

November 11 2015

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Suivant l’œuvre de Paul Ricœur, les récits sont des mises en intrigue, c’est-à-dire des « opérations de configuration », qui permettent de procéder à la transformation d’une multiplicité d’événements ponctuels et hétérogènes en « une histoire », cohérente et signifiante (1983).
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