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November 11 2015

Le « talent »

Le « talent » n'est qu'un mot vide : pour arriver à écrire, il faut être quelqu'un, travailler avec archarnement sur soi-même, voire même se vaincre.

Witold Gombrowicz

L'artiste est un névrosé

Psychanalyse ! Diagnostiques ! Formules médicales ! Moi, je mordrais la main du psychiatre qui voudrait me vider, telle une volaille, de ma vie intime […] L'artiste nous dit Freud est un névrosé qui s'applique à lui-même un traitement — dont il sait que nul autre ne saurait l'appliquer !

Witold Gombrowicz

October 24 2015

Le sens d'un livre

Le sens d'un livre est premièrement donné non tant par les idées, que par une variation systématique et insolite des modes du langage et du récit ou des formes littéraires existantes. Cet accent, cette modulation particulière de la parole […] est assimilée peu à peu par le lecteur et lui rend accessible une pensée à laquelle il était quelquefois indifférent ou même rebelle d'abord. […] Toute grande prose est aussi une recréation de l'instrument signifiant, désormais manié selon une syntaxe neuve.

Maurice Merleau-Ponty - Lettre de à M. Gueroult en 1952, in Maurice Merleau-Ponty, La Prose du monde

October 14 2015

Telle est ta destinée

Wie an dem Tag, der dich der Welt verliehen,
Die Sonne stand zum Grusze der Planeten,
Bist alsobald und fort und fort gediehen,
Nach dem Gesetz, wonach du augetreten.
So muszt du seyn, dir kannst du nicht entfliehen,
So sagten schon Sybillen, so Propheten;
Und keine Zeit und keine Macht zerstückelt
Geprägte Form, die lebend sich entwichelt.

Comme, dans le jour qui t'a donné au monde,
Le soleil était là pour saluer les planètes,
Tu as aussi grandi sans cesse,
D'après la loi selon laquelle tu as commencé.
Telle est ta destinée ; tu ne peux t'échapper à toi-même ;
Ainsi parlaient déjà les sibylles ; ainsi les prophètes ;
Aucun temps, aucune puissance ne brise la forme empreinte
Qui se développe dans le cours de la vie.

Goethe, Poésies

October 11 2015

L’art de l’imitation

L’écrivain n’a pas pour tâche de créer du nouveau de l’original, mais d’être expert dans l’art de l’imitation. Imiter, c’est, avons-nous dit, mimer un affrontement pour combler le manque, l’écart, afin de faire advenir de la présence. Savoir imiter le futur toujours déjà là, toujours d’une certaine façon présent, contre le passé qui ne demande qu’à céder pour le réaliser, tel est le pouvoir de celui qui aime.

Vladimir Nabokov, La méprise

September 13 2015

Syrie

A la question : « Êtes-vous favorable ou non à ce que la France participe au sein d'une coalition internationale à une intervention militaire terrestre en Syrie contre l'Etat islamique ? », 56% des sondés répondent par l'affirmative contre 43% de non et 1% de personnes ne se prononçant pas.

August 10 2015

Un parasite !

Aujourd'hui de nouveau, où que vous alliez, des nazis déclarés se tiennent dans les parages, « Fainéant, être ainsi assis au café et ne pas travailler ! », vous pouvez alors entendre tout cela et tout cela me poursuit bel et bien. Aujourd'hui la journée a été plutôt mauvaise, partout où je suis allé ça a été abominable. « Il écrit, voilà bien une stupidité, parce que ça ne profite à personne, n'a aucune utilité, aucune valeur, et il n'en résulte rien. Un parasite ! Vit sur le dos de la société, ne s'occupe à rien, fait des tours en auto, bouffe, est déjà de bonne heure assis au café, a l'air méchant, et vit de choses obscures. En tout cas assurément pas de travail ! Avec de telles gens on devrait faire prompte justice… » (…) Je n'ai personne, je le sais bien, je n'ai par exemple personne sur qui je pourrais me reposer, qui serait là, si j'avais besoin de quelque chose.

Thomas Bernhard, Aucun homme ne change

July 22 2015

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Spain - Last moments before the firing squad.

March 25 2015

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6015 f6c3 500
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6017 e9e9 500

November 25 2014

Chagrin

Réveillé de bonne heure ce matin, depuis mon lit
je portai le regard loin sur le chenal pour suivre des
yeux un petit bateau traçant sur la mer houleuse,
un seul feu de signalisation allumé à bord.
Me suis rappelé mon ami qui hurlait
le nom de sa femme morte du haut des collines
autour de Perugia. Qui mettait son couvert
à table longtemps après
sa disparition. Qui ouvrait les fenêtres
pour qu’elle ait de l’air frais. Je trouvais gênant
cette façon d’afficher son chagrin. Ses autres
amis aussi. Je ne voulais plus voir ça.
Jusqu’à ce matin.

Raymond CarverLà où les eaux se mêlent (Where Water comes Together with Other Water, 1985)

October 26 2014

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Pierre Soulages - Composition - 1970

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Cet outil

L’écrit est cet outil, cette arme qui permet d’affronter avec succès nos plus anciens ennemis, l’oubli, l’imprécision, l’étranger que nous sommes  nous-mêmes aussi longtemps qu’on n’y a pas fait réflexion, la plume à la main, les êtres successifs, différents, que nous avons été, au fil des ans, et qu’on peut rassembler dans l’espace compris entre deux plats de couverture.

Pierre Bergounioux

October 11 2014

L’écriture est impuissante : il me manque le visage et la nudité d’une prostituée pour dire assez bas de la vie humaine qu’elle a fait d’elle-même une façade et que la débauche la rend à la vérité.
— Georges Bataille

October 10 2014

300 bacheliers professionnels, sur un total de 6 000 entrants, se sont inscrits à l’université de Strasbourg en 2011-2012, en droit, économie, gestion, sciences humaines et sociales… Combien ont obtenu leur première année ? Trois. Oui, trois. Taux d’échec : 99%.

September 24 2014

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Tram à Montmerdier

September 03 2014

Pour écrire un seul vers

Pour écrire un seul vers, il faut avoir vu beaucoup de villes, d’hommes et de choses, il faut connaître les animaux, il faut sentir comment volent les oiseaux et savoir quel mouvement font les petites fleurs en s’ouvrant le matin. Il faut pouvoir repenser à des chemins dans des régions inconnues, à des rencontres inattendues, à des départs que l’on voyait longtemps approcher, à des jours d’enfance dont le mystère ne s’est pas encore éclairci, à ses parents qu’il fallait qu’on froissât lorsqu’ils vous apportaient une joie et qu’on ne la comprenait pas ( c’était une joie faite pour un autre ), à des maladies d’enfance qui commençaient si singulièrement, par tant de profondes et graves transformations, à des jours passés dans des chambres calmes et contenues, à des matins au bord de la mer, à la mer elle-même, à des mers, à des nuits de voyage qui frémissaient très haut et volaient avec toutes les étoiles – et il ne suffit même pas de savoir penser à tout cela. Il faut avoir des souvenirs de beaucoup de nuits d’amour, dont aucune ne ressemblait à l’autre, de cris de femmes hurlant en mal d’enfant, et de légères, de blanches, de dormantes accouchées qui se refermaient. Il faut encore avoir été auprès de mourants, être resté assis auprès de morts, dans la chambre, avec la fenêtre ouverte et les bruits qui venaient par à-coups. Et il ne suffit même pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux, et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent. Car les souvenirs ne sont pas encore cela. Ce n’est que lorsqu’ils deviennent en nous sang, regard, geste, lorsqu’ils n’ont plus de nom et ne se distinguent plus de nous, ce n’est qu’alors qu’il peut arriver qu’en une heure très rare, du milieu d’eux, se lève le premier mot d’un vers.

Rainer Maria RilkeLes Cahiers de Malte Laurids Brigge, 1910

September 02 2014

Toi qui fus ma seule patrie, où te chercher ?

Je voulais que mes doigts de poupée pénètrent dans les touches. Je ne voulais pas effleurer le clavier comme une araignée. Je voulais m’enfoncer, me clouer, me fixer, me pétrifier. Je voulais entrer dans le clavier pour entrer à l’intérieur de la musique pour avoir une patrie. Mais la musique bougeait, se pressait. Quand un refrain reprenait, alors seulement s’animait en moi l’espoir que quelque chose comme une gare s’établirait ; je veux dire : un point de départ ferme et sûr ; un lieu depuis lequel partir, depuis le lieu, vers le lieu, en union et fusion avec le lieu. Mais le refrain était trop bref, de sorte que je ne pouvais pas fonder une gare puisque je n’avais qu’un train un peu sorti des rails, qui se contorsionnait et se distordait. Alors j’abandonnai la musique et ses trahisons parce que la musique était toujours plus haut ou plus bas, mais non au centre, dans le lieu de la rencontre et de la fusion. (Toi qui fus ma seule patrie, où te chercher ? Peut-être dans ce poème que j’écris peu à peu.)

Alejandra Pizarnik, Figures du pressentiment, in L’Enfer musical, 1971

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